⚡ En bref
- Une intelligence artificielle de dessin transforme une phrase en image. On décrit ce qu’on veut, le modèle le fabrique en quelques secondes.
- Plusieurs services le font gratuitement, avec un nombre d’images limité par jour.
- Le piège juridique : une image entièrement générée par IA n’est en principe protégée par aucun droit d’auteur. N’importe qui peut la reprendre.
- Depuis le 2 août 2026, ces images doivent être marquées comme générées artificiellement.
Une intelligence artificielle de dessin fabrique une image à partir d’une simple phrase écrite : vous décrivez la scène, le style et le cadrage, le modèle produit l’illustration en quelques secondes. Les principaux outils — Midjourney, DALL·E, Stable Diffusion, Adobe Firefly, Imagen — reposent sur la même famille de modèles, dits « de diffusion ».
La partie facile, c’est de générer l’image. La partie que presque personne ne regarde avant de s’en servir, c’est ce qu’on a le droit d’en faire — et sur ce point, la réponse a beaucoup bougé ces dix-huit derniers mois.
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Comment une IA arrive à dessiner #
Le principe est contre-intuitif. Pendant l’entraînement, on prend des millions d’images légendées et on y ajoute progressivement du bruit, jusqu’à obtenir une bouillie de pixels. Le modèle apprend à faire le chemin inverse : retirer le bruit, étape par étape, pour retrouver une image cohérente.
Quand vous écrivez votre description, le modèle part d’un bruit aléatoire et le débruite en se laissant guider par votre texte, jusqu’à ce qu’une image correspondante émerge. C’est pour cela que la même phrase ne donne jamais deux fois exactement la même illustration : le point de départ est tiré au hasard.
Deux conséquences pratiques en découlent. D’abord, la précision de la description compte plus que sa longueur : « chat roux endormi sur un rebord de fenêtre, lumière du matin, photographie argentique » donnera un bien meilleur résultat que trois lignes d’adjectifs élogieux. Ensuite, le modèle n’ayant aucune notion de comptage ni de lecture, il rate encore régulièrement le nombre de doigts et l’orthographe d’un texte inséré dans l’image.
Les outils, et ce qu’ils font gratuitement #
| Outil | Éditeur | Particularité |
|---|---|---|
| Midjourney | Midjourney | Le rendu le plus abouti sur le plan esthétique ; payant. |
| DALL·E | OpenAI | Intégré à ChatGPT : on demande l’image dans la conversation. |
| Imagen | Accessible depuis Gemini ; les images portent le marquage SynthID. | |
| Adobe Firefly | Adobe | Entraîné sur des banques d’images sous licence, ce qui limite le risque juridique sur les sources. |
| Stable Diffusion | Stability AI | Modèle ouvert, installable sur son propre ordinateur : aucun quota. |
| Vibe (ex-Le Chat) | Mistral AI | La génération d’images est incluse dans l’offre gratuite de l’éditeur français. |
Pour tester sans dépenser un euro, le plus simple reste de passer par un assistant généraliste dont l’offre gratuite inclut l’image. Nous avons fait le tri dans notre guide de l’intelligence artificielle gratuite.
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Le point que presque personne ne vérifie : à qui appartient l’image ? #
C’est là que le sujet devient sérieux, et la réponse surprend la plupart des gens : une image entièrement générée par une IA n’est, en principe, protégée par aucun droit d’auteur. Vous pouvez l’utiliser, mais vous ne pouvez pas empêcher un concurrent de reprendre exactement la même.
La raison est la même des deux côtés de l’Atlantique : le droit d’auteur protège une création humaine. En France, l’article L. 111-1 du code de la propriété intellectuelle attache le droit à l’auteur d’une œuvre de l’esprit, et la jurisprudence exige une originalité entendue comme l’empreinte de la personnalité de son auteur — ce qu’une machine n’a pas.
📊 La décision de référence : l’affaire Thaler
- 18 mars 2025 : la cour d’appel fédérale du District de Columbia juge que le Copyright Act exige un auteur humain, et refuse l’enregistrement d’une œuvre déclarée comme créée par une machine
- 2 mars 2026 : la Cour suprême des États-Unis refuse d’examiner l’affaire, ce qui rend cette décision définitive
- Portée : la question n’est plus discutée aux États-Unis pour une œuvre entièrement générée par une machine
Une nuance importante, et c’est elle qui compte pour un illustrateur : la cour d’appel n’a pas tranché la question de l’humain qui utilise l’outil. Elle a jugé le cas d’une machine désignée comme seule autrice. Une image retravaillée de façon substantielle par une personne — composition, retouches, montage — peut donc rester protégeable au titre de cette contribution humaine. Entre les deux, la frontière n’est pas fixée : le seul prompt, aussi élaboré soit-il, est généralement considéré comme insuffisant.
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Ce que la loi impose depuis le 2 août 2026 #
Le règlement européen sur l’IA est entré dans son palier « transparence ». Son article 50 impose que les contenus générés artificiellement — y compris les images — soient marqués dans un format lisible par machine, et qu’un deepfake soit déclaré comme tel. Des aménagements sont prévus pour les œuvres artistiques ou satiriques, dont la divulgation ne doit pas gâcher l’expérience.
Le marquage existait déjà dans les faits. Google indiquait le 19 mai 2026 avoir apposé sa signature SynthID sur plus de 100 milliards d’images et de vidéos, et son vérificateur avait alors été utilisé 50 millions de fois. On peut interroger une image directement depuis Google Lens ou le mode IA de la recherche.
Le point que les articles enthousiastes oublient : ce marquage survit mal aux manipulations. Une capture d’écran, un recadrage serré ou une forte recompression l’affaiblissent, et l’absence de marque ne prouve donc jamais qu’une image est authentique. Le vérificateur répond « c’est marqué » ou « je ne trouve pas de marque » — la seconde réponse ne veut pas dire « c’est une vraie photo ».
Cinq règles pour s’en servir sans se mettre en difficulté #
- Ne demandez jamais « dans le style de » un artiste vivant pour un usage commercial : c’est le terrain le plus disputé du moment.
- Ne générez pas de personne réelle dans une situation qu’elle n’a pas vécue : vous entrez dans le champ du deepfake et du droit à l’image.
- Indiquez que l’image est générée par IA. C’est désormais une obligation européenne, et cela vous évite le reproche de tromperie.
- Retravaillez l’image si vous voulez pouvoir revendiquer quelque chose dessus.
- Lisez les conditions d’utilisation de l’outil : elles définissent ce que l’éditeur vous concède, ce qui est un sujet distinct du droit d’auteur.
Pour le cadre général — définition légale, niveaux de risque, calendrier d’application — tout est réuni dans notre guide de l’intelligence artificielle.
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Questions fréquentes #
Quelle intelligence artificielle pour dessiner gratuitement ?
Plusieurs assistants généralistes incluent la génération d’images dans leur offre gratuite, avec un nombre d’images limité par jour : c’est le cas de ChatGPT avec DALL·E, de Gemini avec Imagen et de Vibe, l’assistant de Mistral AI. Pour un usage sans aucun quota, la voie est d’installer un modèle ouvert comme Stable Diffusion sur son propre ordinateur.
Puis-je vendre une image générée par IA ?
Rien ne l’interdit en soi, mais vous vendez une image que vous ne pouvez pas protéger : une création entièrement générée par une machine n’a en principe pas d’auteur au sens du droit d’auteur, donc personne ne peut empêcher un tiers de la réutiliser. Vérifiez en plus les conditions d’utilisation de l’outil, qui peuvent restreindre l’usage commercial, et depuis le 2 août 2026 signalez qu’il s’agit d’un contenu généré par IA.
Comment savoir si un dessin a été fait par une IA ?
La méthode fiable consiste à chercher un marquage : Google permet d’interroger une image via Lens ou le mode IA de la recherche pour détecter sa signature SynthID. Attention toutefois, ce marquage résiste mal aux captures d’écran et aux recadrages : ne pas trouver de marque ne prouve pas qu’une image est authentique. Les indices visuels classiques — mains déformées, texte illisible en arrière-plan, symétries trop parfaites — deviennent quant à eux de moins en moins fiables.
✅ À retenir
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- Une IA de dessin part d’un bruit aléatoire et le « débruite » en suivant votre description : d’où des résultats jamais identiques.
- Décrivez précisément plutôt que longuement.
- Une image 100 % générée n’est en principe protégée par aucun droit d’auteur — définitif aux États-Unis depuis le refus de la Cour suprême le 2 mars 2026.
- Une retouche humaine substantielle peut, elle, être protégée.
- Depuis le 2 août 2026, marquage obligatoire des contenus générés — mais un marquage absent ne prouve rien.
Sources