L’armée française alerte parce qu’elle juge la menace russe sur les câbles sous-marins « caractérisée », alors que ces liaisons transportent environ 99 % du trafic internet mondial et que personne ne sait comment le réseau encaisserait plusieurs coupures simultanées. L’avertissement vient du contre-amiral Cédric Chetaille, dans un entretien publié par Ouest-France ce mardi 13 octobre 2026.
- Le contre-amiral Cédric Chetaille dirige depuis le 1er août 2026 le service « commandement numérique interarmées ».
- Il pointe la cartographie des infrastructures sous-marines par des navires russes, sans attribuer les incidents de la Baltique à un État.
- Une coupure isolée est absorbée par d’autres câbles ; une rupture massive reste un scénario inconnu, surtout pour l’outre-mer.
- La France s’est dotée en 2022 d’une stratégie de maîtrise des fonds marins.
Plan de l'article
- Qui est l’officier qui lance l’alerte ?
- Ce que l’armée reproche concrètement à la Russie
- Baltique, Svalbard : les épisodes qui nourrissent l’inquiétude
- Ce que ça change pour l’internet des Français
- Une coupure peut-elle priver la France d’internet ?
- Comment la France se protège, et le projet NAISTS
- Questions fréquentes
- À retenir
Qui est l’officier qui lance l’alerte ? #
Cédric Chetaille n’est pas un commentateur extérieur. Selon le décret du 24 juin 2026 publié sur Légifrance, il est chargé à compter du 1er août 2026 des fonctions de chef du service « commandement numérique interarmées », rattaché au Commissariat au numérique de défense.
Ancien commandant de deux sous-marins nucléaires, il a dirigé la stratégie de maîtrise des fonds marins à l’état-major de la Marine. Il cosigne avec le journaliste Grégoire Pinson le livre Abysses, la guerre qui vient, paru le 17 septembre 2026 chez Allary Éditions.
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Ce que l’armée reproche concrètement à la Russie #
Le contre-amiral distingue deux choses. Les incidents récents en mer Baltique n’ont pas été attribués à un État. Mais, selon lui, « la menace exercée par la Russie est, en revanche, caractérisée ». Il cite les opérations de cartographie des infrastructures sous-marines menées par des navires russes : repérer où passent les câbles, c’est préparer la possibilité de les atteindre.
« On ne sait pas comment le système réagirait à la rupture d’une proportion élevée de ces câbles. »
Contre-amiral Cédric Chetaille, entretien à Ouest-France, rapporté par L’Express via 6Médias
Ses pistes de réponse sont d’abord militaires : « connaître, surveiller et pister les moyens de l’adversaire ». Il plaide aussi pour des dispositifs d’alerte installés sur les câbles et pour davantage de coopération entre pays.
Baltique, Svalbard : les épisodes qui nourrissent l’inquiétude #
Le 25 décembre 2024, le câble électrique Estlink 2 et plusieurs câbles de télécommunications reliant la Finlande et l’Estonie ont été endommagés. Le pétrolier Eagle S, battant pavillon des îles Cook et soupçonné d’appartenir à la flotte fantôme russe, a été arraisonné le lendemain par la Finlande, qui le soupçonnait d’avoir traîné son ancre sur le fond. Aucun ordre de sabotage venu de Moscou n’a été établi.
Plus récent, l’épisode du Svalbard a été révélé début septembre 2026 par Reuters, sur la foi de deux responsables occidentaux. Au printemps, des forces britanniques, norvégiennes et américaines ont interrompu un exercice de sous-marins russes qui simulait la neutralisation des câbles reliant l’archipel à la Norvège continentale. Aucun câble n’a été endommagé.
| Épisode | Ce qui est établi | Ce qui ne l’est pas |
|---|---|---|
| Baltique, 25 décembre 2024 | Estlink 2 et des câbles télécoms endommagés, Eagle S arraisonné | Un ordre de sabotage de Moscou |
| Svalbard, printemps 2026 | Exercice russe interrompu par des forces alliées, aucun dégât | Version officielle détaillée des gouvernements |
| Cartographie russe | Évoquée par le contre-amiral Chetaille | Liste publique des navires et des zones |
Ce que ça change pour l’internet des Français #
D’après l’ONU, qui relaie l’Union internationale des télécommunications, les câbles sous-marins acheminent environ 99 % du trafic internet mondial. Vidéos, messageries, paiements ou services cloud : l’essentiel passe par la fibre posée au fond des mers, pas par les satellites. Que la connexion soit chiffrée ou passe par un VPN ne change rien au trajet physique des données.
La dépendance est aussi géographique. « 80 % des données utilisées en Europe proviennent des États-Unis et transitent par de tels câbles sous-marins », rappelle Cédric Chetaille. Les liaisons transatlantiques sont donc un point sensible pour les usages quotidiens.
Une coupure peut-elle priver la France d’internet ? #
Pas une coupure isolée. Quand une liaison tombe, les communications sont normalement redirigées vers d’autres câbles. Les pannes sont d’ailleurs banales : l’ONU recense 150 à 200 brèches par an dans le monde, soit environ trois réparations par semaine. Une réparation prend généralement quelques semaines.
Le problème change d’échelle avec des ruptures simultanées. La redirection devient plus difficile pour les territoires qui disposent de peu de connexions, à commencer par l’outre-mer.
Comment la France se protège, et le projet NAISTS #
Le ministère des Armées a adopté en février 2022 une stratégie de maîtrise des fonds marins. Elle prévoit des drones et des robots sous-marins capables d’opérer jusqu’à 6 000 mètres pour connaître, surveiller et agir sur les fonds. L’OTAN a, de son côté, renforcé sa présence en mer Baltique.
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La redondance passe aussi par de nouvelles routes. Le projet NAISTS, porté par la société française SCLES, prévoit un câble d’environ 6 000 km entre la Bretagne et New York, avec un raccordement possible à Saint-Pierre-et-Miquelon. Sa capacité annoncée dépasse 500 Tbit/s, pour une mise en service prévue en 2030, selon ActuMédias. Il s’agit d’un projet, pas d’une infrastructure en service.
Questions fréquentes #
Qui est le contre-amiral Cédric Chetaille ?
C’est le chef du service « commandement numérique interarmées » depuis le 1er août 2026, ancien commandant de deux sous-marins nucléaires et coauteur du livre Abysses, la guerre qui vient.
Quelle part d’internet passe par les câbles sous-marins ?
Environ 99 % du trafic internet mondial, selon l’Union internationale des télécommunications relayée par l’ONU.
La Russie est-elle responsable des coupures en mer Baltique ?
Non, rien n’est établi à ce stade. Les incidents récents n’ont pas été attribués à un État et aucun ordre de sabotage de Moscou n’a été prouvé dans l’affaire de l’Eagle S. L’armée française juge en revanche la menace russe caractérisée.
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À retenir #
- Le 13 octobre 2026, le contre-amiral Cédric Chetaille a qualifié de « caractérisée » la menace russe sur les câbles sous-marins.
- Environ 99 % du trafic internet mondial passe par ces câbles, et 80 % des données utilisées en Europe viennent des États-Unis selon lui.
- Une coupure isolée est absorbée ; une rupture massive reste un scénario dont personne ne connaît les effets.
- Ni l’affaire de l’Eagle S ni l’exercice du Svalbard n’ont fait l’objet d’une attribution officielle à Moscou.




