À quelques semaines de son arrivée en Bourse, Anthropic a rendu publics ses comptes du troisième trimestre. L’éditeur de Claude a déposé le 2 novembre une version amendée de son dossier d’introduction auprès de la SEC, le régulateur boursier américain. Les chiffres montrent une croissance encore spectaculaire, mais aussi une facture de calcul qui grimpe plus vite que les revenus.
Plan de l'article
Un chiffre d’affaires multiplié par douze en un an #
Selon le prospectus cité par ZDNET, le chiffre d’affaires du trimestre clos le 30 septembre atteint environ 17 milliards de dollars. Il était de 11,6 milliards au deuxième trimestre et de 1,4 milliard un an plus tôt, soit une hausse annuelle de 1 127 %.
Le rythme ralentit pourtant d’un trimestre à l’autre. La progression séquentielle tourne autour de 46 à 47 %, contre 144 % entre le premier et le deuxième trimestre, rappelle la dépêche AFP reprise par France 24. Rien d’alarmant à ce niveau de revenus, mais c’est le signe qu’une courbe exponentielle finit toujours par s’aplatir.
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La guerre des prix entre éditeurs de modèles se lit aussi dans le document. Les baisses de tarifs accompagnant les nouvelles versions et les remises consenties à certains clients ont amputé le chiffre d’affaires d’environ 600 millions de dollars sur le trimestre, d’après ZDNET.
Le retour de la perte d’exploitation #
C’est le point qui fera débat chez les investisseurs. Après un bénéfice d’exploitation d’environ 974 millions de dollars au deuxième trimestre, Anthropic repasse dans le rouge, avec une perte d’exploitation de 567 millions. Les charges d’exploitation ont atteint 17,5 milliards de dollars, un peu plus que les revenus.
Le prospectus pointe surtout le calcul acheté à court terme, beaucoup plus cher que celui des contrats pluriannuels : 5 milliards de dollars sur le trimestre. S’y ajoute une charge non monétaire d’environ 2 milliards liée à un programme de dons appariés pour les salariés. En retirant la rémunération en actions et ces charges caritatives, l’entreprise afficherait une marge d’exploitation ajustée de 15 %, contre 19 % le trimestre précédent.
Les coûts de calcul et d’infrastructure représentent désormais 58 % du chiffre d’affaires, contre 48 % au deuxième trimestre. L’AFP note de son côté que ces coûts ont progressé de 77 % sur un trimestre, nettement plus vite que les ventes.
Une perte nette surtout comptable
La perte nette s’élève à 23,3 milliards de dollars. Le chiffre impressionne, mais 21,9 milliards proviennent de la réévaluation d’obligations convertibles en actions, détenues notamment par Amazon, précise l’AFP. Plus la valeur de l’entreprise monte, plus ces instruments pèsent au passif. Le dossier le résume ainsi, selon l’agence : « Cette révision n’est qu’un jeu d’écriture comptable et n’a pas d’effet sur la trésorerie de la société. »
895 milliards de dollars d’engagements #
Le chiffre le plus vertigineux du document ne concerne pas le passé. Anthropic s’est engagé à dépenser environ 895 milliards de dollars, essentiellement en puissance de calcul et en infrastructures, sur des contrats qui courent jusqu’en 2045. Selon Bloomberg, cité par ZDNET, environ la moitié doit être versée d’ici fin 2030, dont quelque 70 milliards sur les douze prochains mois. Une partie de ces engagements reste soumise à des conditions ou à des droits de résiliation.
C’est tout l’enjeu de cette introduction : convaincre que des revenus qui doublent presque chaque semestre suffiront à honorer une telle feuille de route. Le site BFM Bourse parle d’un véritable test de résistance pour toute la valorisation du secteur de l’IA.
Nasdaq, symbole ANT : ce que l’on sait du calendrier #
D’après Bloomberg, toujours relayé par ZDNET, Anthropic vise une cotation au Nasdaq sous le symbole ANT avant la fin novembre. La fourchette de prix et le nombre d’actions proposées ne sont pas encore connus. Plusieurs médias américains évoquent la semaine du 16 novembre et une levée d’environ 100 milliards de dollars, ce qui dépasserait les 86 milliards levés par SpaceX en juin, mais ces montants ne figurent pas dans le dossier et restent à confirmer.
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Côté gouvernance, l’AFP indique que les sept cofondateurs détiennent chacun environ 1,4 % du capital et contrôleront 50,1 % des droits de vote. Le conseil d’administration les juge « équipés de manière unique pour nous guider dans notre mission ».
Ce qu’il faut surveiller #
Pour les entreprises qui utilisent Claude au quotidien, ces comptes disent deux choses. D’abord, la pression concurrentielle sur les prix est réelle et chiffrée, ce qui joue plutôt en faveur des clients. Ensuite, la dépendance au calcul acheté au prix fort pèse sur les marges : la prochaine étape sera de basculer davantage vers des contrats longs, moins coûteux.
Les prochaines semaines diront si Wall Street accepte de payer la croissance aujourd’hui en pariant sur la rentabilité demain. La publication de la fourchette de prix sera le premier vrai signal.




