La semaine a été calme sur le front des levées de fonds françaises, mais elle dit beaucoup de l’époque. Selon le décompte hebdomadaire de Maddyness publié le 30 octobre, huit start-up françaises ont levé 41,2 millions d’euros. Six d’entre elles ont recours à l’intelligence artificielle, et elles ont réuni à elles seules 37,7 millions d’euros, soit 91,5 % des fonds recensés.
Un montant modeste, donc, avec un ticket moyen de 5,2 millions d’euros. Mais une concentration presque totale sur l’IA, qui n’épargne plus aucun secteur : cinéma, bâtiment, industrie, robotique, immobilier, santé.
Plan de l'article
Deux tickets à 10 millions #
Les deux plus gros montants de la semaine illustrent deux usages très différents de l’IA.
INEVITABLE a levé 10 millions d’euros auprès de business angels. La jeune pousse se présente comme un studio de cinéma qui associe la prévisualisation et l’intelligence artificielle pour accélérer la production de films et de séries. La prévisualisation, c’est l’étape où l’on maquette les plans avant de tourner : l’IA y sert à aller plus vite et à tester davantage de variantes.
Bageera a également levé 10 millions d’euros, auprès de Varsity, Eurazeo, Frst et Banyan Ventures. Son modèle est plus inattendu : c’est un groupe de génie électrique et climatique qui rachète des PME et y déploie une plateforme et des agents IA propriétaires. L’IA n’est pas ici le produit vendu, mais un outil de gestion appliqué à des entreprises traditionnelles.
L’industrie et la robotique en embuscade #
Wormsensing a bouclé 6,5 millions d’euros avec notamment Orano Venture Fund, French Tech Seed, Innovacom et CEA Investissement. La start-up développe des solutions de surveillance des équipements industriels et de maintenance prédictive, un domaine où l’analyse de données permet d’anticiper les pannes avant qu’elles ne coûtent cher.
Bleu Robotics a levé 5 millions d’euros auprès de Contrarian Ventures, Ovni Capital, WEPA Ventures, Kvanted, Motier Ventures et de business angels. Elle conçoit des logiciels et des modèles d’IA destinés aux robots humanoïdes industriels. Un pari sur le « cerveau » des robots plutôt que sur leur mécanique, segment où les acteurs américains et chinois dominent largement.
Immobilier et santé #
AQQI a obtenu 4 millions d’euros d’Axeleo Capital, Aquiti Gestion, Kima Ventures, 50 Partners et de business angels. Son produit est un assistant IA qui accompagne les particuliers pendant leur achat immobilier, une démarche longue et souvent opaque pour les primo-accédants.
AIMA a levé 2,2 millions d’euros pour une biopsie liquide assistée par IA, dédiée au dépistage précoce et au suivi des cancers. Le principe de la biopsie liquide : chercher des signaux de la maladie dans un simple prélèvement sanguin plutôt que dans un tissu.
Les deux dernières opérations de la semaine, Dyameo (3 millions d’euros, medtech) et Playa Rent (500 000 euros, tourisme), ne sont pas comptées parmi les start-up IA dans le décompte de Maddyness.
Qui finance ces paris #
Le profil des investisseurs mérite aussi l’attention. On retrouve des fonds spécialisés dans l’amorçage, comme Kima Ventures ou French Tech Seed, mais aussi des véhicules liés à des industriels ou à la recherche publique : Orano Venture Fund et CEA Investissement chez Wormsensing, par exemple. Pour une start-up de maintenance prédictive, avoir à son capital le bras armé d’un grand groupe industriel peut ouvrir des portes vers ses premiers clients et ses premiers sites pilotes.
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Côté robotique, la présence de Motier Ventures et de Contrarian Ventures au tour de Bleu Robotics montre que les investisseurs européens commencent à miser sur le logiciel des humanoïdes, un marché encore embryonnaire en Europe.
Ce que révèle cette semaine #
L’IA devient une couche, pas un secteur
Il y a deux ans, une start-up IA était souvent un éditeur de modèle ou d’outil généraliste. Les levées de cette semaine montrent autre chose : l’IA est devenue une brique ajoutée à des métiers existants. Un studio de cinéma, un groupe d’électriciens, un assistant immobilier. Pour les investisseurs, ne pas avoir de composante IA devient presque un handicap au moment de lever.
Des montants raisonnables
Les montants restent mesurés, loin des centaines de millions captés par les gros acteurs. La semaine précédente, la licorne française Pigment avait levé 250 millions de dollars pour ses agents d’IA de planification budgétaire, comme l’a rapporté BFM Business. Entre ces gros tours et les levées d’amorçage, l’écart reste immense.
Une question de durée
Reste à savoir si ces jeunes pousses parviendront à transformer l’essai. Ajouter de l’IA à un produit est devenu facile ; en faire un avantage durable face aux géants qui fournissent les modèles l’est beaucoup moins. Les verticales choisies cette semaine, avec leurs données métier et leurs clients spécialisés, sont sans doute leur meilleure protection.
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